Les petits jouets de leurs bourreaux

Avec ma mère, on se prête régulièrement des bouquins. Dès qu’une de nous deux a fini d’en lire un qu’elle a trouvé top, elle le passe à l’autre. Autant vous dire que lorsqu’elle m’a parlé de deux bouquins tirés d’histoires vraies, j’ai tout de suite été emballé. Certes, c’est très loin d’être gai, joyeux, amusant et tout ce que vous voulez. Mais j’aime ce genre d’histoire. Pas dans le sens « trop bien je vais lire des horreurs qui sont arrivées à ses gamins » mais plutôt parce que c’est hyper touchant et que je pense qu’il est intéressant de savoir ce qui se passe autour de nous. Qu’on ouvre les yeux sur des trucs qui se passent et dont on entend peu parler. Ou bien, tout est dit de façon politiquement correcte pour ne pas choquer. Alors que justement, ce qui leur arrive est choquant.

C’est pour ça que j’aime ce genre d’autobiographie. Aujourd’hui, je vous présente donc deux livres que j’ai lu, d’une traite quasiment. L’un évoquant son passé douloureux d’enfant kidnappé et séquestré pendant trois mois et l’autre celui d’une jeune fille grandissant au côté d’un père violent, agressif et abusif.

« Le jouet du prédateur » – Sascha Buzmann

C’est ce livre là que j’ai découvert en premier.

Histoire bouleversante. Allemagne. 1986. Sascha Buzmann, 9 ans, se fait enlevé devant chez lui par un marginal. Il sera séquestré pendant trois longs mois dans une caravane défraîchis et aux odeurs répugnantes. Trois mois de calvaires, de souffrances et de viols à répétitions.

Je ne vous en dis pas plus, mais cette histoire est tout simplement poignante. On ressent le stress, l’appréhension et le « qu’est qu’il va m’arriver ensuite?« , tout au long de la narration. Par contre, je mettrais certainement un petit bémol à la façon dont s’est écrit. Après, c’est complètement personnel. Ça peut en perturber certains/certaines, comme pas du tout. Au fil des chapitres, très courts, on se retrouve à plusieurs moments de sa vie. La caravane. Sa vie actuelle. Son retour chez lui après cette absence etc. Personnellement, ça m’a un peu dérangé parce que le passage de l’un à l’autre était un peu brutal. Au début de la lecture on peut se sentir décontenancé. Mais c’est grâce à ce mécanisme que l’on comprend les effets de ces trois mois d’horreurs sur son état d’esprit actuel.

Si vous « aimez » ce genre de bouquin, vous pouvez y aller les yeux fermés. Plutôt bien ficelé, on découvre enfin ce que l’espèce humaine est capable de faire à ses pairs.

le jouet du prédateur

« J‘étais leur petit jouet » – Maria Landon

Seconde lecture. Je vous avoue qu’après avoir enchaîné deux livres sur le même genre de thème, je me suis dirigée vers un truc un peu plus fun, dont je vous parlerez bientôt.

Je crois bien que c’est ce bouquin qui m’a le plus touché. Un peu dans le même esprit et dans le même style d’écriture que celui de Toni Maguire « Ne le dis pas à maman«  que j’ai également beaucoup aimé. Bien que celui-ci m’a touché plus profondément. Je ne saurais réellement vous dire pourquoi.

Maria. Depuis sa naissance, son père a juré qu‘il ferait d’elle sa petite prostituée. Et c’est ce qu’il fera d’elle au fur et à mesure de son avancement dans l’enfance puis de l’adolescence. Sa vie est chaotique. Elle a trois frères, dont deux qui seront placés en foyer très rapidement et qu’elle ne reverra que 18 ans plus tard. Pendant ce temps, elle se sert les coudes avec son frère aîné. Elle ne peut tout simplement compter sur personne d’autre. Sa mère, sous l’emprise de son mari depuis des années, va s’échapper. Ne plus jamais donner de nouvelles à ses enfants. C’est alors que la vie devient encore plus infernale pour eux. Subissant les humeurs de leur alcoolique de père.

Cette histoire m’a tout bonnement touché au plus profond de moi-même. Sordide, sans issue heureuse. On se prend d’affection très rapidement pour Maria et son frère. On comprend mieux comment c’est possible pour des enfants de parents abusifs, violents et manipulateurs de vouloir qu’une chose: rester coûte que coûte avec leurs bourreaux. Parce qu’effectivement, malgré ce qu’il lui fait subir jour après jour, elle n’a qu’une idée en tête : rester au près de lui quoi qu’il arrive et en dépit de son mal-être.

Je vous recommande ce bouquin. Extrêmement touchant et bouleversant.

j'étais leur petit jouet

4 réflexions sur “Les petits jouets de leurs bourreaux

  1. Calimero Gallettoni dit :

    Humm, je ne sais pas quoi penser à la lecture de ces quelques résumés succincts.

    Pour ma part, j’ai une répugnance viscérale pour tout ce qui à trait au viol, pédophilie, inceste et autres actes de barbarie à caractère sexuel, et à plus forte raison lorsque les victimes sont des enfants.

    Maintenant, si c’est pour dire qu’il faut être conscient de la souffrance des victimes, de l’enfer véritable qu’elles peuvent vivre, alors peut-être que d’autres qui ont le coeur plus accrochés ont raisons de se pencher sur la question.

    Mais ça me fait penser à une anecdote que ma mère elle aussi justement m’avait raconté, étant amené à croiser des chirurgiens à la cantine, et un jour il y a avait de la cervelle de quelquechose, d’agneaux je crois; et le chirurgien a blagué en disant qu’il en avait marre de la cervelle.

    C’est un peu la même chose selon la légende des médecins légistes qui sont très friands de plaisanteries morbides.

    Au final, je ne sais pas si c’est une bonne chose de poser les yeux sur les « âmes noires », et même indirectement.

    En outre et pour terminer, il y a toujours un problème vis à vis des victimes qui perdent beaucoup d’objectivité de part tous les mécanismes de survies qu’elles mettent en place pour supporter l’insupportable.

    Par exemple Maria Landon dans ton second exemple qui est très accrochée à son père malgré tous les abus qu’elle subie.

    Bref, je n’ « aime » pas trop ce genre de bouquins…

    J'aime

    • justinebody dit :

      Oui, ils peuvent perdre de l’objectivité, mais c’est aussi un travail à faire sur soi et réussir à prendre du recul lorsqu’on raconte ce genre de chose. Je sais un peu de quoi je parle étant donné que j’ai fais 5ans de sociologie et qu’on parle pas ma de ce genre de chose.
      Après c’est sur que c’est une question de goût, tout le monde ne peut pas aimer ce type de roman/autobiographie dure.

      J'aime

  2. Elise Berthelot dit :

    Dans le même style il y a « L’enfant dans le placard » d’Othilie Bailly. Roman très cours, qui se lit d’une traite aussi. Mais qui m’a beaucoup plus.
    Et dans un autre style il y a L’Herbe Bleue qui est en fait le journal intime d’une jeune fille de 15ans qui va tomber dans la drogue.Très prenant car c’est un journal intime donc c’est elle qui raconte.

    Je n’ai pas lu les deux tiens mais à l’occasion j’y jetterai un coup d’œil.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s